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Homélie

HOMELIE de NOËL de L'ABBE PHILIPPE MAWET à L'EGLISE SAINTE ALIX ( WOLUWE-SAINT-PIERRE) LES SAMEDI 24 et DIMANCHE 25 DECEMBRE 2016

Frères et Soeurs,

Je ne sais pas ce qui habite votre coeur en ce Noël 2016 marqué par beaucoup de peurs et d'incertitudes. Il y a, bien sûr, l'actualité traversée par beaucoup de morosité. Il y a, surtout, l'événement du premier Noël capable d'éclairer ce Noël 2016 plus ténébreux, c'est vrai, mais avec, au coeur, cet insatiable désir de paix et de joie partagées.

Noël ne nous invite pas à la naïveté mais à la lucidité. Noël n'est pas une parenthèse mais un tremplin. Noël n'est véritablement Noël que lorsque cette fête nous invite à rejoindre l'essentiel et le meilleur de ce que nous voulons recevoir du Seigneur de la Crèche et de ce que nous voulons porter au monde d'aujourd'hui. Il y a, dans l'événement du premier Noël toutes les promesses d(un monde enfin réconcilié et pacifié car rien n'est plus désarmant que la naissance d'un enfant dans la tendresse et la fragilité. Et parce qu'il s'agit de la naissance de Jésus, c'est l'humanité tout entière qui se trouve hissée à la démesure de l'Amour de Dieu. Noël veut dire "nativité"... et c'est Dieu qui fait son entrée en humanité. Voici le temps de naître, et la mort elle-même devient une nouvelle naissance. En prenant le visage d(un enfant nouveau-né, Dieu nous dit qu'il n'y a en Lui ni menace ni concurrence. Seule la tendresse est au rendez-vous de la Crèche car il n'y a d'avenir que là où règne la tendresse.

. A Noël, avant même la visite des bergers et des mages, il y a seulement Marie et Joseph. Et puis Jésus dans la mangeoire. Que se sont-ils dit Marie et Joseph en devant trouver refuge dans l'humble étable de la campagne de Bethléem ? L'Evangile ne nous le dit pas. Il nous dit seulement que "Marie gardait toutes ces choses dans son coeur". C'est le temps de l'intériorité et du silence habité. Certes, il n'y avait pas le confort mais l'amour partagé. Et cela, c'est irremplaçable !

. Et puis sont venus les bergers. Pour eux, cela devait certainement être assez exceptionnel de trouver, dans les parages du lieu où ils gardaient leurs troupeaux , un couple et son bébé. Mais ce qui est surprenant, c'est le mode de communication qui leur a fait connaître la nouvelle. Ce sont des anges, des messagers de l'inouï et de l'inattendu. Seul, les anges peuvent être de tels messagers.... et je peux vous dire qu'ils n'ont pas fini leur mission. Aujourd'hui, des anges ( sans doute ces mêmes anges que ceux du premier Noël) viennent briser la cacophonie qui nous empêche d'être sur la bonne fréquence de Noël. Ce sont toutes ces voix intérieures plus fortes que toutes nos voix sonores et bruyantes. Elles ressemblent souvent à un murmure parce qu'elles s'adressent à notre coeur assoiffé de mieux comprendre dans quel monde on vit et de mieux comprendre tout ce que Noël peut venir changer et révéler. Il nous faut vivre cette étape pour rejoindre, nous aussi, les Crèches de ce Noël 2016. C'est le temps de l'écoute jusqu'au coeur même de nos nuits les plus obscures. Comme pour les bergers de Bethléem! L'écoute est la clé qui ouvre à l'amour. Alors, devenons les sentinelles de Noël et les veilleurs qui font advenir ce qui naît jusqu'en nos aridités apparemment les plus tenaces. Il y a, entre les bergers et nous, une proximité car ils nous disent que la rencontre de Jésus suppose toujours beaucoup d'écoute et de disponibilité. Aujourd'hui comme hier et peut-être même aujourd'hui plus qu'hier.

. Mais n'oublions pas les mages. Ils sont des chercheurs et, dans leur quête, des chercheurs de Dieu. Ils ont osé se mettre en route guidés seulement par la fragile lumière d'une étoile qui ne brille que lorsqu'il fait nuit. Ils ont dû éviter les pièges d'Hérode en repartant "par un autre chemin" qui est toujours celui de la conversion.

. Oserais-je parler de l'âne et et boeuf dont l'Evangile ne parle pas ! Mais la tradition a voulu les associer, peut-être simplement pour apporter un peu de chaleur là où la froidure risquait de porter préjudice au bébé nouveau-né. Je veux seulement souligner ici que ceux qui sont chargés d'humbles tâches ne sont jamais des inutiles.

Frères et Soeurs, Peut-être qu'en cette année où l'homme prend conscience de sa précarité mais aussi de la puissance des forces du mal agissant avec beaucoup de violence, l'Espérance de Noël semble difficile, voire illusoire. . Sans doute certains aînés nous diront-ils que les années de guerre, par exemple, furent encore plus violentes et plus dévastatrices, . Sans doute aussi nos frères et soeurs dans la Foi de certains pays ravagés depuis tant d'années par la guerre nous diront-ils que Noël se vit trop souvent chez eux sous les bombes et dans le bruit des armes. Il reste que Noël vient poser la question essentielle de qui est l'homme (= de l'humain, au sens de l'homme et de la femme) et du projet de société dans lequel l'homme peut véritablement trouver sa place, de façon sereine et harmonieuse. Beaucoup nous diront - et nous disent- qu'il est urgent de croire en l'homme. C'est vrai ? C'est plus que vrai. Mais peut-on vraiment croire en l'homme sans croire en Dieu ? Je sais que la question est provocante. On dire qu'on peut être bon sans croire en Dieu... et c'est vrai. On dira aussi que, pour certains, Dieu est la (soi-disant) justification d'actes barbares. Et c'est -hélas!- vrai.

. Alors, de quoi s'agit-il ? En fait, il s'agit de Noël et cela change tout. Car, à Noêl, Dieu se fait Homme dans la plus grande des fragilités et c'est pour cela que seul l'Amour est présent à Noël. Oui, vraiment, je veux croire en l'homme mais, surtout, parce que je crois en Dieu qui, à Noël, vient me dire qui est l(homme; - Je crois que l'homme ne peut trouver son bonheur que sur des chemins de tendresse et de grande vulnérabilité. - Je crois que le vrai bonheur suppose beaucoup d'écoute, d'humilité et de disponibilité, à la façon des bergers et des mages qui ont perçu la voix des anges et le sens indiqué par l'étoile. - Je crois aussi que le bonheur ne s'expérimente vraiment qu'à travers beaucoup d'intériorité et de profondeur. L'homme ne peut se satisfaire de ce qui est superficiel ou artificiel. - Je crois que Noël nous ouvre au mystère de la vie et que Jésus est venu nous dire que notre destinée s'écrit en lettres d'éternité.

Oui, nous vivons dans un monde difficile. Et Noël apparaît ici comme l'étape capable de redonner souffle et saveur à nos coeurs traversés par tant de peurs qui empêchent la sérénité, qui empêchent LA PAIX ! A Noël, la présence de Dieu veut vaincre la solitude de l'homme car Noël nous dit que l'homme n'est pas un orphelin ( de Dieu) ballotés sur des terres d'errance et d'exil.

Laissons-nous toucher par cet Amour infini. Dieu nous fixe rendez-vous à la Crèche de sa proximité. Rejoignons-y les bergers et les mages et réjouissons-nous de mettre notre confiance en Dieu, si proche de nous. Il est venu parmi nous et nous pouvons, aujourd'hui, Le reconnaître.

Joyeux Noël !

  • Abbé Philippe Mawet

ARCHIVES des HOMÉLIES

  • HOMELIE de l'Abbé Philippe MAWET du DIMANCHE 19 JUIN 2016 à 9h30 à L'EGLISE SAINTE ALIX à WOLUWE-SAINT-PIERRE A L'OCCASION du JUBILE de ses 40 ANS de SACERDOCE
    • Frères et Sœurs,

      Qu'est-ce qui nous rassemble ce matin dans cette église de Sainte Alix ? Mon jubilé de 40 ans d'ordination sacerdotale ? Ce serait difficile de le nier mais je crois que c'est possible parce qu'il y a autre chose, de plus profond et de plus essentiel. Ce qui, pour moi, est le plus important, c'est que chacun soit rejoint dans son humanité, dans ce qui fait ses joies et ses peines, ses interrogations et ses espérances. Mais je crois qu'il y a encore plus essentiel; c'est la présence et l'invitation de Dieu Lui-même qui, au cœur même de cette eucharistie et dans le don de sa Parole et de son Pain, nous redit que notre vie vaut la peine d'être vécue, que notre humanité s'écrit en lettres de solidarité et que notre destinée ne se comprend qu'en termes d'éternité. Chacun de nous est rejoint à cette étape de sa vie, habité par ce désir d'aimer et d'être aimé qui est la condition même du bonheur et la signature de Dieu au cœur de chacun de nous.

      Mais c'est vrai ! Nous voulons le faire aujourd'hui dans l'action de grâces pour mes 40 ans de sacerdoce. Je veux ici vous dire merci car, au fil de ces 40 ans, j'ai pu faire l'expérience qu'il n'y a de vie sacerdotale possible que dans une relation à une communauté. C'est vrai de toute vie chrétienne mais je crois que le prêtre a cette mission, particulière mais non exclusive, de rassembler et d'ouvrir la communauté chrétienne aux sources même de l'Evangile et aux besoins de notre monde en quête de sens et assoiffé d'absolu. S'il est une conviction que je voudrais vous partager en cette journée jubilaire, c'est que nous vivons une période passionnante et difficile. Sans doute est-ce banal de le dire mais je crois que nous sommes à la croisée des chemins. Il nous faut aujourd'hui vivre avec, au cœur, l'audace de la foi, le courage de l'Espérance et la folie de l'Amour. C'est dans la lumière de ces quelques convictions fortes que je voudrais ici vous partager 5 défis qui peuvent se pointer... pour l'horizon de mes 50 ans de sacerdoce !

      1) Un premier défi, c'est celui de la PROXIMITE. Comme chrétiens, rien de ce qui est humain ne peut nous être étranger. Rien ! Il nous faut sans cesse inventer les chemins d'une Eglise proche, humble et solidaire. Je peux témoigner de mon émerveillement devant tant d'humanité rencontrée au fil des ans. Je ne suis pas certain qu'au plan de l'essentiel, nos contemporains soient loin de l'Eglise et de son message. C'est plutôt l'Eglise qui, trop souvent parce que maladroitement, est loin de ce que vivent beaucoup d'hommes et de femmes de 2016. C'est le pape Paul Vl qui définissait l'Eglise comme "experte en humanité". C'est mon rêve et, très souvent, mon expérience. Ce n'est jamais en fuyant l'humain qu'on rencontre Dieu. Au contraire !

      2) Mais la proximité se veut chemin de COMMUNION: deuxième défi. C'est la façon de ne pas tomber dans les pièges des banalisations faciles, des lâches approbations et des condamnations stériles. Et la "communion" ne se confond jamais avec l'uniformité mais se nourrit d'une riche et féconde diversité. Il s'agit ici, me semble-t-il, d'une question de vie ou de mort pour l'avenir (institutionnel, du moins) de l'Eglise.

      3) Un troisième défi, c'est celui que j'appellerais "LE DECALE"(!). Nos communautés chrétiennes ont mieux à faire que d'essayer de concurrencer tout ce que notre société peut offrir au plan de ce qui fait le quotidien. Tant que l'Eglise en reste à vouloir concurrencer, le défi est perdu. Il nous faut sans cesse retrouver nos fondements qui sont nos incontournables: le pardon, l'amour des ennemis, la priorité des plus démunis, la résurrection, le don de soi et tant d'autres "choses" par rapport auxquelles l'Eglise ne risque pas de souffrir de quelque concurrence que ce soit. Il ne s'agit pas ici de faire l'éloge de la marginalisation ou de la provocation. Il s'agit de ne pas renier ce qui fait le cœur de l'Evangile dans son message des Béatitudes et du Sermon sur la Montagne. Aujourd'hui, il n'y a rien de plus "original" que d'être chrétien. Ne laissons pas cette grâce nous échapper. Et le grand et super-décalé, c'est la Croix (du Christ) qui n'est en rien l'éloge de la souffrance mais la brèche ouverte vers la Résurrection grâce à cet Amour du Christ qui a été ... jusqu'au bout de l'Amour.

      4) Un quatrième défi me semble être celui de la MISSION et de la TRANSMISSION. La mission n'a rien à voir avec le prosélytisme et le témoignage n'a rien à voir avec le bavardage, encore moins avec le verbiage. Mais il faut aujourd'hui réinventer des chemins d'évangélisation, sans complexe ni arrogance, pour que résonne toujours mieux le "Venez et voyez" de l'Evangile. Nous vivons une crise de la transmission parce que nous vivons d'abord une crise de la conviction.

      5) Un cinquième et dernier défi, c'est celui de la JOIE. C'est de ne jamais laisser la place au désenchantement et au désabusement. Il ne s'agit évidemment pas de faire de l'angélisme qui ne se nourrit que de l'illusion. Mais il y a à retrouver cette "joie parfaite"que Saint François d'Assise allait puiser aux nappes phréatiques de son cœur de disciple. Cela ne nie pas les souffrances ni même les révoltes mais la contagion de l'Evangile passera toujours par le témoignage d'une vraie joie contagieuse.

      Aujourd'hui, résonne à nouveau cette question du Christ dans l'Evangile de ce dimanche ( 12° dimanche du temps Ordinaire, Année C): "Pour vous, qui suis-je?". Il ne s'agit pas de répondre en exprimant une opinion mais en entrant dans une Alliance qui fait vivre. Etre chrétien, ce n'est pas d'abord pratiquer des vertus ( même si c'est important !) . Etre chrétien, c'est devenir disciple en mettant nos pas dans les pas de Celui que nous reconnaissons être "le Bon Pasteur" de nos vies.

      Tout ceci n'est évidemment pas pour moi, de la théorie. J'y retrouve 40 ans de vie pastorale dans les paroisses et dans les médias, dans bien d'autres lieux de vie partagée ou plus institutionnels, dans la prière et la réflexion. La foi est et reste une aventure. A la façon d'Abraham, nous sommes invités à la confiance, lucide et sereine.

      Baptisé à Notre-Dame de Stockel, confirmé et ordonné à l'église Saint Paul, nous voici à Sainte Alix pour célébrer ensemble 40 ans de sacerdoce avec l'Unité Pastorale de Stockel-aux-Champs dont je suis aujourd'hui le responsable. Cela ne fait pas beaucoup de kilomètres ! Encore faut-il y ajouter Namur et le séminaire, Louvain-la-Neuve ainsi que de très nombreux diocèses et paroisses, communautés et abbayes de Belgique et de France rencontrés dans le cadre de ma mission et de mes responsabilités dans les médias. Mais c'est surtout un voyage intérieur qui nous fait davantage aller aux sources plutôt que d'aller au loin. Merci à vous tous car nous avons pu faire ce chemin ensemble. Mon désir et mon invitation, c'est de poursuivre la route ensemble. Il nous faut relever le défi d'une Eglise où le levain de l'Evangile ne reste pas à côté de la pâte du monde. Il nous réunir sans confondre la pâte et le levain, le sel et la lumière, la prière et l'engagement, le Christ et le monde.

      Pour vous, je veux rester prêtre. Avec vous, je veux devenir toujours plus chrétien. Merci de m'y aider et, surtout, de m'avoir aidé. Amen Abbé Philippe MAWET

  • Homélie Noël 2015
    • Frères et Soeurs, Chers amis, Comment parler de Noël dans un contexte de société marqué par beaucoup de peurs et d'incertitudes ? Comment trouver des paroles qui, avec justesse, peuvent rejoindre à la fois ce climat anxiogène où domine la peur et la célébration joyeuse de la Bonne Nouvelle de la naissance de Jésus ?

      Pour éclairer quelque peu ce mystère de Noël, permettez-moi d'évoquer un souvenir personnel qui est resté dans ma mémoire comme un éclairage inattendu de cette fête de Noël. J'avais été amené à interviewer pour la radio le Cardinal Jean-Marie Lustiger, alors archevêque de Paris et aujourd'hui décédé. Je lui posais cette question qui me semblait se situer dans l'évidence de Noël: "Pouvez-vous me dire ce qu'est,pour vous, la Bonne Nouvelle de Noël ?" Et, à mon grand étonnement, il me fit cette réponse pour le moins déconcertante et pourtant tellement juste: " Vous trouvez que Noël est une Bonne Nouvelle, vous ? Relisez les Evangiles: il y a le voyage vers Bethléem dans de grandes conditions d'inconfort. Il y a la naissance dans l'étable de la grande pauvreté. Il y a le massacre des innocents. Il y a la fuite en Egypte. Où est-elle, pour vous, cette Bonne Nouvelle ?" Réponse pertinente et qui n'est pas sans nous ramener à l'essentiel de Noël et à la vraie joie de cette belle fête.

      ° Je crois que Noël n'est pas une fête déconnectée de nos réalités quotidiennes. Il ne s'agit pas de se réfugier dans l'ambiance ouateuse d'un monde aseptisé. Il s'agit, au contraire, de célébrer Noël comme la fête de l'Incarnation ( " Dieu se fait Homme") ... et ce n'est pas pour mettre notre humanité entre parenthèses. Au contraire !

      ° Je crois que Noël, c'est Dieu qui vient partager l'épaisseur de notre quotidien. Désormais, nous le savons, rien de ce qui est humain n'est étranger à Dieu. Mais la réciproque est vraie aussi: rien de ce qui concerne Dieu n'est étranger à l'homme. C'est la clé du Mystère de l'Alliance entre Dieu et l'humanité.

      ° Je crois que Noël ne se perçoit et ne se comprend que dans l'humilité de ceux qui en sont les annonciateurs. Il faut le coeur disponible pour que l'Amour puisse se frayer des chemins inattendus et déconcertants jusque dans tout ce qui habite le coeur de l'homme.

      Voici Noël: " Dieu se fait Homme " dans un monde où, trop souvent, l'homme se prend pour Dieu. N'est-ce pas là le drame d'une humanité déchirée qui considère Dieu comme un rival ou un concurrent ? Mais Dieu n'a rien d'un rival ou d'un concurrent. En se faisant enfant, il se fait désarmant.Il nous dit que le vrai visage de Dieu est celui de l'Amour et qu'il n'y a d'amour que dans la fragilité, c'est-à-dire dans cette façon de se laisser toucher et rencontrer. Noêl, c'est le plus beau visage de Dieu révélé à la Crèche de toutes les pauvretés. Et ce sera ce même visage qui, sur la Croix du Golgotha, révélera ce " jusqu'au bout de l'Amour" qui est la véritable identité de Dieu. Et c'est la brèche ouverte vers la Résurrection. Et Noël en est déjà le signe et la promesse.

      Je crois qu'en ce temps de Noël - et en tous temps-, cette question de "qui est Dieu?" revêt aujourd'hui une très grande actualité.On aurait tort de minimiser les questions et les enjeux théologiques qui sont présents dans les événements que nous vivons ( Et c'est Mgr Joseph De Kesel, Archevêque de Malines-Bruxelles, qui - interviewé au matin de ce 24 décembre par "La Première" sur la RTBF Radio - disait textuellement: " les questions de société sont des questions théologiques"). Certes, il ne s'agit pas ici d'enfermer tous nos débats de société dans cette seule lecture théologique qui, de toute façon, ne peut pas avoir cette prétention sous peine de véhiculer les germes mortifères de ce qui s'appelle 'la théocratie'! Il n'en reste pas moins qu'au plan de nos vies personnelles comme au plan des choix politiques, beaucoup dépend de notre conception de Dieu ou du refus de son existence et de sa présence. Il est, certes, heureux qu'il en soit ainsi car rien ni personne n'est plus grand que Dieu... mais à partir du moment où Dieu ne se comprend qu'à travers une puissance d'où la fragilité est exclue, ce sont toutes violences qui s'en trouvent légitimées. Au nom même de Dieu ... et d'une certaine vision de Dieu.

      A Noël, Dieu nous dit que le meilleur rempart contre toutes les violences et contre tous les fanatismes et intégrismes, c'est l'Amour révélé dans sa plus grande pureté, c'est-à-dire dans sa plus belle fragilité. Et c'est la Crèche de Bethléem. Il nous faut donc ( ce soir, cette nuit et ce jour) rejoindre Jésus à l'étable de Bethléem. A la façon de tous les visiteurs de la Crèche du premier Noël.

      Ce qui me frappe, c'est pour chacun de ces "visiteurs", il a fallu faire un déplacement. Au sens d'une route à parcourir, parfois longue, mais surtout au sens de ce déplacement intérieur qu'on appelle "la conversion". Et je nous invite à faire ce "déplacement de Noël"

      - A la façon de Marie et Joseph qui ont fait la route qui conduit de Nazareth à Bethléem. Il s'agissait de participer à un recensement organisé par un pouvoir avide de se compter pour mieux se comparer. L'Incarnation du Fils de Dieu n'a pas pu échapper, dès le départ, aux événements et intrigues qui font passer l'intérêt partisan avant le bien commun.

      - A la façon aussi des bergers qui, au coeur de la nuit (dit l'Evangile) ont pu capter la voix des anges, c'est-à-dire ces voix plus puissantes et plus éloquentes que toutes nos voix extérieures et sonores. Ce sont les voix qui atteignent le coeur, la conscience et notre être profond. Il faut le coeur en état d'êtte touché pour vivre Noël comme la grande fête de l'Amour de Dieu donné aux hommes. Et les bergers ont été disponibles, et les anges les ont mis en route. Comme nous aujourd'hui car les chants des anges n'ont cessé, de siècle en siècle, de se faire écho, jusqu'à nous en ce Noël 2015.

      - A la façon des mages seulement guidés par l'étoile. Ils viennent de loin. Ils sont d'une autre culture. Ils sont des chercheurs -et des chercheurs de Dieu- assez humbles pour s'agenouiller devant l'enfant de la Crèche et assez intelligents pour comprendre qu'il leur fallait repartir par "un autre chemin".

      Ce sont les déplacements de Noël... en sachant que, pour Marie et Joseph, le retour vers Nazareth supposera le détour par l'Egypte pour échapper à Hérode le sanguinaire et aux massacre des innocents. Cela permettra aussi de reconnaître Jésus comme le nouveau Moïse venu guider son peuple vers la Terre Promise qui est celle du Royaume de Dieu dont il est tellement question dans les Evangiles.

      Je vous souhaite un vrai Noël. Joyeux, certes, parce qu'il n'y a pas de vrai Noël sans joie... mais un Noël qui nous conduit au coeur du Mystère humain parce que, d'abord, au coeur de Dieu. Devant l'enfant , et ici devant l'Enfant de la Crèche, nous sommes renvoyés à ce qu'il y a de meilleur en nous: cette capacité et ce désir d'aimer et d'être aimé. Non pas dans la suffisance qui ne conduit qu'à l'arrogance, voire même à la violence mais dans la fragilité de l'amour qui crée de nouvelles proximités. Et c'est le bonheur qui est donné, vécu et partagé.

      Qu'en cette fête de Noël, à l'image de Marie et de Joseph, nous puissions accueillir, dans les étables de 2015 que sont nos églises et communautés chrétiennes, les bergers et les mages de notre temps: les pauvres et les souffrants, ceux qui sont seuls et les chercheurs de Dieu. Qu'à l'image des santons de Sainte Alix, personne ne soit exclu du cortège qui conduit à la Crèche. Que Noël inaugure vraiment un monde nouveau où l'Amour triomphe de la gaine, où la joie l'emporte sur la tristesse et où la visite à la Crèche nous révèle vraiment qui est Dieu et, dès lors, qui nous sommes en profondeur et en vérité.

      Joyeux Noël !

  • Homélie de la nuit de Noël 2014
    • Frères et Soeurs, Chers amis, L'histoire pourrait être merveilleuse ... et elle l'est. L'histoire pourrait être tragique ... et elle l'est. Cette histoire aurait pu être celle de Noël ... et elle l'est !

      En fait, à Noël, l'humanité se trouve à une étape-charnière de son Histoire ... car, à Noël, Dieu se fait tellement proche qu'Il devient l'un de nous. Qui aurait pu imaginer que la grandeur de Dieu se manifeste dans la pauvreté de la Crèche ? Qui aurait pu inventer une Histoire, à la fois tragique et merveilleuse, comme celle d'une naissance dans une étable et en osant affirmer: "c'est Dieu fait Homme". Vraiment, Noël aurait pu passer inaperçu s'il n'y avait pas la fête de Pâques (Et le cierge pascal allumé est là pour nous le rappeler). Cette fête de Pâques vient éclairer ce que la presse locale du premier Noël (si elle avait existé) aurait pu appeler "un fait divers" .

      "Dieu fait homme" - "Et le Verbe s'est fait chair"... le "drame " de Noël est, peut-être, que nous nous sommes habitués à ces paroles de l'Evangile... au point de ne plus en saisir toute la nouveauté. Car Noël nous parle d'abord de Dieu ... et, à partir de là, de l'homme dans sa relation avec Dieu.

      ° Noël est sans doute une des fêtes (hormis l'une ou l'autre fête juive) les plus anciennes de notre humanité avec, en plus, une dimension quasi universelle qui fait que, durant le temps de Noël, le monde semble d'arrêter de tourner et entre dans une "trève" qui ne peut, en aucun cas, de venir une parenthèse.

      ° Car Noël est un tremplin. Notre humanité se trouve hissée à la taille de Dieu... et c'est la taille d'un petit bébé ! Si le Jésus du premier Noël est Dieu ( et telle est notre foi ), ce n'est certainement pas pour rien qu'Il a voulu se révéler en une première étape à travers une nativité qui ne peut rimer qu'avec précarité. En fait, la précarité n'est pas une vertu à atteindre mais elle fait tellement partie de notre humanité que Dieu ne pouvait pas trouver d'autre porte pour faire son entrée en humanité que celle de la précarité. Et cela, à travers une proximité faite de vérité et de justesse... tout simplement parce qu'il n'y a pas d'amour possible sans cette précarité qui se fait vulnérabilité.

      Je crois que la fête de Noël nous invite à inventer (que dis-je; à recevoir!) une autre façon de vivre, une autre humanité en quelque sorte. en caricaturant un peu, je dirais qu'il nous faut aujourd'hui - à Noël - choisir entre le père Noël et l'Enfant de la Crèche. Loin de moi l'idée de diaboliser le père Noël qui est - à priori- une figure plutôt sympathique et débonnaire mais il s'agit de retrouver le vrai sens de Noël avec, en son coeur et en son centre, la naissance de Jésus. Il ne faudrait pas que le côté humaniste (et positivement humaniste) de la fête nous coupe de sa dimension mystique. De quoi s'agit-il ?

      + A Noël, il est d'abord question de Dieu, et de la puissance de Dieu. Depuis Noël, la véritable puissance est du côté de l'amour et non pas du pouvoir, de la fragilité et non pas de la force, de l'Enfant de la Crèche et non pas du vieux père Noël.

      + A Noël, il est aussi question de Dieu parce qu'il est question de la grandeur de Dieu. Depuis Noël en effet, la vraie grandeur est désormais, et pour toujours, du côté de l'humilité; Non pas de l'humiliation mais de cette justesse qui permet à chacun (et donc aussi à Dieu- de trouver sa juste place, celle du service.

      + Mais à Noël, il est aussi question de l'homme (au sens de l'humain, homme et femme) car, depuis Noël et d'une façon plus indéfectible que jamais, l'Histoire de l'homme est,pour toujours, liée à "l'Histoire" de Dieu... et c'est une Histoire d'alliance.

      Dans un monde qui vit dans l'illusion de bâtir un bonheur en se privant de Dieu, voire en Le niant ou en le combattant, la fête de Noël vient nous redire que l'homme (se)- grandit dans sa relation à Dieu, et qu'il n'y a pas de vrai bonheur sans une Transcendance qui le révèle et l'accomplit. . Mais c'est vrai que cela suppose certains chemins, certaines conditions, certaines ... conversions. Il faut le coeur décapé de toute suffisance pour accéder au bonheur de Noël. Et parmi ces chemins, je voudrais vous en proposer deux: la sobriété et la simplicité.

      = La sobriété (joyeuse!)... ne serait-ce pas une question de mesure, d'équilibre ? C'est le contraire des compensations qui sont souvent les béquilles d'une société qui ne tient plus debout. La sobriété est aussi un acte de grande liberté... car il faut choisir d'être sobre. Mais que ceci n'empêche pas la fête en nous rappelant que ce qui caractérise la fête, c'est bien plus la gratuité que l'excès.

      = La simplicité aussi... mais pas le simplisme! La simplicité, c'est l'art de ne pas compliquer les choses. C'est le souci de donner à chaque chose - mais aussi à chaque événement - sa place et sa valeur.

      Ce soir (ce matin), nous voulons retrouver la Crèche du premier Noël. Par sa naissance. Jésus - le Christ- nous ramène à l'essentiel. C'est ce même Jésus qui, trente an plus tard, nous dira: "Si vous ne devenez semblable à ces enfants, vous n'entrerez point dans le Royaume des Cieux" (Marc 10).

      Certes, le christianisme n'est pas infantilisme ... mais Noël nous invite à redécouvrir le vrai visage de l'enfant:

      ° c'est le visage d'une fragilité qui est le plus belle expression de l'amour faite de tendresse et d'innocence.

      ° C'est le visage d'une gratuité qui nous dit que le don est premier et qu'il vaut toujours mieux vivre sur le mode du don que sur le mode du "dû"! "Si tu savais le don de Dieu" , dira Jésus à la samaritaine.

      ° C'est un visage de vérité, là où l'on peut dépasser les relations "menacé-menaçant" avec les peurs et les violences qui en découlent. Noël, c'est l'aube d'un monde nouveau. Puissions-nous, avec les anges de Bethléem, les bergers et leurs moutons, les mages venus d'Orient et les santons de Sainte Alix devenir les visiteurs de la Crèche. Nous y sommes attendus parce que nous y sommes invités.

      Joyeux Noël.

  • HOMELIE-TEMOIGNAGE
    • Chers amis, Joie et privilège d’entrer ensemble dans le temps de l’Avent, de nous mettre en route vers Noël pour accueillir le Seigneur qui viendra parmi nous.

      La première chose qui nous est demandée, à nous tous, c’est de l’attendre. En général nous n’aimons pas bcp attendre. Mais parfois, nous ne semblons plus attendre personne, l’avenir semble bouché. Que de fois nous nous imaginons qu’au fond les gens n’attendent rien, qu’ils n’ont besoin de rien, qu’ils sont bien comme ils sont, qu’ils n’ont pas besoin de nous. Ce n’est pas vrai. Qui aide les hommes à espérer? Qui tente de répondre à l’attente d’autrui, aux attentes de peuples entiers marqués par la guerre et la violence ? Qui encourage et qui répond à l’attente des jeunes ? C’est aussi pour toutes ces raisons qu’il nous faut être des « veilleurs ». Le temps liturgique est rythmé par le temps de Dieu, mieux encore il est le temps même de Dieu qui entre dans le temps des hommes. Au cours de ce temps, la Parole de Dieu nous prend par la main. Elle nous soustrait, pour ainsi dire, à l’esclavage de nos propres rythmes.

      « Avent », nous le savons, veut dire « venue », autrement dit la naissance de Jésus au milieu de nous. La liturgie de ce jour met sur nos lèvres ces mots d’Isaïe : « Pourquoi Seigneur nous laisses-tu errer hors de ton chemin, pourquoi rends-tu nos cœurs insensibles à ta crainte ? Reviens pour l’amour de tes serviteurs. Ah, si tu déchirais les cieux, si tu descendais ! » (Is 63,17.19). Oui, demandons au Seigneur : « Reviens pour l’amour de tes serviteurs » ! Nous en avons besoin. Le monde entier en a besoin. Les pays les plus pauvres en ont besoin, où des millions d’hommes et de femmes meurent chaque jour de faim. Les métropoles des pays riches en ont besoin qui marginalisent de nombreuses personnes faibles, âgées et malades. Nos cœurs aussi en ont besoin, pour se défaire de leur dureté et de leur violence, se laisser prendre de pitié pour les pauvres et les faibles et pour œuvrer en vue de bâtir un nouvel avenir de paix à tous les niveaux. Car, comme l’a souligné encore le pape François à Strasbourg, il est inacceptable que la mer méditerranée devienne un cimetière pour tant de pauvres qui rêvent d’une vie meilleure.

      Avec le prophète, crions encore une fois : « Ah, si tu déchirais les cieux, si tu descendais ! ». Voilà notre prière de l’Avent ; voilà la prière universelle en ce temps. L’Avent fait irruption dans nos journées pour nous rappeler cette invocation du prophète et pour faire nôtres les cris de tant de personnes qui attendent quelqu’un pour sauver leur vie du désarroi. Ces cris, comme es cris des pauvres, que nous ne sommes pas toujours prêts à vouloir entendre voire écouter, sont en réalité notre véritable conscience. Ils nous aident à comprendre le sens concret de l’Avent en nous incitent à nous réveiller de notre richesse et de notre tranquillité avare. Nous qui sommes pourtant si expérimentés en tant de domaines, nous avons perdu le sens de l’attente ; nous sommes persuadés que personne ne viendra nous sauver; autant nous résigner et penser chacun pour soi. Une société sans Avent est bien triste. Comme le disait Saint Jean-Paul II, notre société souffre d’un manque de vision !

      Or, Dieu ne laisse pas notre vie se flétrir ; il ne veut pas que nous errions comme des gens qui marchent sans savoir où ils vont ; il ne supporte pas que l’argile de nos vies demeure informe. Il déchire les cieux et devient lui-même notre chemin vers le ciel. Il nous fait découvrir le désir de ciel et d’espérance qui habite en chacun de nous et en tout être humain. Quand on attend quelqu’un, on porte en soi une espérance, bien plus, on porte la joie de l’attente. C’est d’ailleurs le Seigneur qui s’en réjouit le premier, lui qui vient à notre rencontre pour demeurer avec nous. Il vient comme quelqu’un qui nous aime. La demande que nous adresse l’Avent est de faire place dans notre cœur au Seigneur qui vient.

      Ce temps de l’avent nous invite à méditer sur ce que signifie pour notre propre vie veiller, « être sur nos gardes ». L’Evangile nous parle à deux reprises, sur le mon Tabor et au jardin des Oliviers, de disciples qui s’endorment et laissent Jésus seul. S’endormir est pour eux un moyen d’oublier. Oublier leur impuissance, leur manque de confiance, les évènements qui les dépassent et mettent l’accent sur leurs fragilités. C’est comme si nous étions comme des santons qui restent bien emballés dans leur boîte de peur de tomber dans des mains qui les cassent ou les laissent tomber. Et pourtant, nous dit Isaïe, « Seigneur, tu es notre père, nous sommes l'argile, tu es notre potier, nous sommes tous l'œuvre de tes mains ». Chers frères et sœurs, les santons que nous sommes n’ont aucun sens s’ils ne sortent pas de leur emballage pour veiller et entourer le Seigneur. Telle est notre vraie richesse, notre immense richesse : avoir la conscience de la protection d’un Père qui nous aime et être sur nos gardes pour accueillir Jésus lorsqu’il vient comme quelqu’un qui est nu et qui doit être habillé, qui est étranger et qu’il faut accueillir ou comme un enfant qui a besoin de protection.

      Soyons donc sur nos gardes. Réveillons-nous du triste sommeil de la résignation. Réveillons-nous du sommeil distrait de ceux qui n’écoutent plus, du sommeil impatient de ceux qui veulent tout, tout de suite, qui ne savent pas attendre. Devenons alors comme des santons, les « petits saints » si fragiles, mais qui en apportant au Seigneur leurs maigres talents et le peu qu’ils ont, contribuent à ce que tant de cœurs endurcis soient réchauffés par la beauté de Noël de la venue du Seigneur dans notre vie et dans celle des autres. C’est la joie que je souhaite à chacun d’entre vous.

  • HOMELIE de L'ABBE PHILIPPE MAWET à la "MESSE-INTERNET" RETRANSMISE, EN DIRECT, DEPUIS L'EGLISE SAINTE ALIX à WOLUWE-SAINT-PIERRE, LE DIMANCHE 23 MARS 2014.
    • Frères et Sœurs,

      Aujourd'hui, le Christ nous invite à la rencontre. Et, comme nous le rappelle l'Evangile de ce dimanche, c'est au bord du puits que le Christ nous fixe rendez-vous.

      Au temps de Jésus, à une époque où il n'y avait ni robinet ni eau courante, le puits était vraiment un lieu de rendez-vous... comme, peut-être encore, dans des pays où habitent certains internautes avec lesquels nous sommes en communion ce matin.

      L'Evangile nous parle du "puits de Jacob". Sans risque de se tromper beaucoup, j'imagine Jacob y rencontrant Rachel, sa future épouse. Dans l'Evangile, il s'agit de Jésus avec la samaritaine. Aujourd'hui, j'ose croire que, grâce aux prouesses techniques d'Internet, le web ressemble étrangement aux puits de Samarie: un lieu de rendez-vous pour y vivre la rencontre du Christ dans la prière, l'eucharistie et la communion avec tous ceux et celles qui s'unissent à notre célébration aux quatre coins du monde.

      "Si tu savais le don de Dieu"... telle est la Parole du Christ qui peut résonner dans notre c?ur. Heureux sont-ils celles et ceux qui ont entendu cette Parole et qui l'ont accueillie pour cheminer sur des terres d'Evangile c'est-à-dire de bonheur, de "béatitude".

      Je pense à vous, les séminaristes de la "Maison Sainte Thérèse" ... et à d'autres qui nous rejoignent ce matin. Merci pour votre vocation. Merci surtout d'avoir répondu à cet appel qui peut dilater votre c?ur jusqu'à la démesure de l'Amour de Dieu. Je crois que, plus que jamais, notre monde a besoin d'hommes et de femmes qui ont la passion de Dieu tout autant que la passion de tout ce qui est humain. Que vous soyez véritablement comme des sourciers de l'Amour et de la vie.

      Avec tous vos diocèses et les prêtres qui vous accompagnent, vous nous invitez à rester attentifs aux appels de Dieu. Oserais-je dire qu'il n'y a pas de "crise des vocations" ... car Dieu ne cesse d'appeler. Sans doute y-a-t-il une "crise de la réponse" mais votre présence ici, chers amis, pourra sans doute éveiller d'autres réponses. Merci de votre présence qui se fait témoignage.

      Je pense aussi à vous tous avec qui la paroisse Sainte Alix a tissé de nombreux liens de communion.

      ° Que ce soit au Rwanda, à Kamonyi et Byumba ou jusqu'au c?ur même de la prison de Ittre. Que ce soit à Bateke au Congo RDC ou encore en Inde et aux Philippines encore meurtries par un cyclone dévastateur. Que ce soit au c?ur même de Bruxelles avec la Communauté Sant'Egidio et toutes les personnes marquées par beaucoup de précarités... sans oublier les S?urs Orthodoxes du Monastère Sainte Elisabeth de Minsk, en Biélorussie, les ?uvres de l'Abbé Froidure et toutes les personnes devenues "internautes" le temps d'une messe.

      "Si tu savais le don de Dieu... et si tu connaissais Celui qui te dit: 'donne-moi à boire' ! " Dans un monde effréné marqué par beaucoup de solitudes et de violences, mais aussi par beaucoup de joies et de bonheurs souvent silencieux mais tellement contagieux, nous voici invités à rejoindre le Christ au bord du puits.

      "Si tu savais le don de Dieu".

      Je crois que ce qui donne sens, saveur et bonheur, c'est d'entrer profondément dans le Mystère du don.

      ° Dans la vie, tout commence par un don... à commencer par la vie elle-même. Que je sache, aucun d'entre nous n'a demandé à venir au monde. Redécouvrons aujourd'hui que notre vie n'est pas le fruit du hasard ou de je ne sais quel déterminisme. Elle est le don de l'amour... de Dieu et, à travers les méandres de nos existences humaines, de nos parents. Dans une société et des cultures qui valorisent, souvent légitimement, le "dû", la redécouverte du don est véritablement libératrice. L'action de grâce remplace, alors, le stress et ce n'est pas le moindre des cadeaux à faire à chacun de nous en ces temps de morosité et de désenchantement. Humblement et lucidement. Sans naïveté mais avec cette capacité de s'émerveiller des dons qui sont cadeaux.

      °  Mais s'il y a le don, il y a aussi le pardon et l'abandon.

      Le pardon, c'est la brèche ouverte vers l'avenir. C'est le refus de ne jamais enfermer qui que ce soit dans le carcan de nos a-prioris ou le blindage de nos exclusions. Le pardon, c'est permettre à l'autre d'exister sans que son péché ou ses échecs ne deviennent un enfermement qui serait la définition même de "l'enfer". Il n'y a pas de paradis sans pardon.

      ° Mais vient aussi l'abandon. Ce n'est ni une démission ni une résignation mais l'expression la plus forte, parce que la plus humble, de la confiance. Il n'y a pas de confiance sans l'abandon. Il n'y a pas d'amour sans l'abandon. Et c'est en ce sens qu'on peut dire que la mort elle-même est l'ultime abandon dans les bras de Dieu. C'est la démaîtrise, le  "lâcher-prise" qui, à un certain moment, n'est même plus un choix mais une dépossession à laquelle il nous faut adhérer pour entrer dans la Vie.

      Don, pardon et abandon, ... n'est-ce pas là le triptyque qui permet à l'homme de tenir debout.

      Don, pardon et abandon, n'est-ce pas là la vocation à laquelle nous appelle le Christ pour nous révéler les justes chemins de notre dignité et de notre destinée.

      Nous ne repartirons pas indemnes de la rencontre du Seigneur au puits de cette eucharistie, sur la margelle de ce puits qu'est le site internet qui aura permis cette rencontre.

      Que cette célébration nous aide à redécouvrir la dimension universelle de notre Eglise et tisse entre nous ces liens d'une communion puisée aux sources même de l'Amour et de la rencontre du Christ.