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Editorial

CRISE ET CRIS D´UNE EGLISE EN SOUFFRANCE

Certains diront que parler de tout ce qui est vécu positivement dans l´Eglise catholique relève aujourd´hui de la méthode-coué. D´autres diront que sa diabolisation systématique relève de l´acharnement. Sans doute la réalité estelle plus complexe et, par là même, plus difficile à cerner. Le cœur et l´esprit naviguent sans cesse entre révolte et incompréhension, entre la tristesse et l´Espérance.

Comment parler de l´Eglise ? Bien sûr, son système est ébranlé mais ses objectifs (en termes de contenu de foi) sont intacts. Il reste que tout semble interconnecté et que le déni ou la consolation ne seront jamais des terreaux favorables à sa "reconstruction". Je repense souvent à ses paroles du psalmiste (dans la Bible) qui dit: "Amour et Vérité se rencontrent; Justice et Paix s´embrassent" (ou les embrassent)? Ce sont, me semblent-il les 4 pôles sur lesquels peut reposer l´avenir de l´Eglise.

L´Eglise est malade de l´intérieur et nombreux sont les signes et symptômes qui apparaissent comme autant de traces de son mal. L´Eglise est aussi blessée de l´extérieur par ceux qui ne cessent - au-delà même des faits objectifs- de lui porter des coups, voulant par là se venger de leurs propres blessures ou des sanctions jugées trop faibles lorsqu´elles leur apparaissent encore comme de l´impunité. Il y a, bien sûr, tout ce qui touche à la pédophilie (que je préfère appeler la pédo-criminalité) mais il y a aussi -et d´abord- la faillite d´un système rongé par l´hypocrisie de ceux dont la devise pourrait être :" faites ce que je vous dis mais ne faites pas ce que je fais" !

L´Eglise est en crise... mais le regard de l´historien montrera qu´elle a connu des crises plus graves encore que celle que nous connaissons. Maigre consolation ou malhabile façon de se voiler la face pour ne pas mesurer la gravité de la crise actuelle? Que dire ... et, surtout, que faire? Je crois qu´au-delà de la gravité objective des faits commis par certains membres de l´Eglise (rappelons quand même qu´il s´agit d´une minorité inexcusable…mais toujours trop « nombreuse » !), les questions posées aujourd´hui concernent la crédibilité de l´Eglise et sa communication dans une société pour laquelle les repères semblent à des années-lumière de la façon dont l´Eglise essaye aujourd´hui de s´exprimer.

Avant d´aller plus loin, je voudrais cependant affirmer ceci:

- je crois (comme je l´ai déjà souligné) que le message et les objectifs de l´Eglise sont intacts. Que l´on soit ou non d´accord avec un tel message, l´honnêteté oblige de reconnaître que "rien n´a changé" dans le contenu de foi dont l´Eglise et les chrétiens sont porteurs et ont mission de témoigner.

- une autre conviction - qui n´a rien d´une nouveauté-, c´est que l´Eglise n´est pas un but en soi. Elle est, certes, l´outil privilégié pour que l´Evangile soit reçu et vécu mais l´œuvre de l´Esprit (et donc de Dieu) ne peut être confiné dans aucune frontière, pas même celle de l´Eglise. Cette affirmation n´a évidemment pas pour but de diminuer la gravité de la crise mais il s´agit de se rappeler que, dans l´Eglise, l´autorité n´est jamais un absolu ; elle est un service et non pas un pouvoir. En effet, l´esprit de service restera toujours le meilleur rempart contre le "cléricalisme" sous toutes ses formes.

Permettez-moi ici de faire mention du livre de Frédéric Martel qui a pour titre "Sodoma". Je ne l´ai pas (encore) lu mais j´ose croire que le tapage médiatique qui a entouré sa parution (et les commentaires lus et entendus) me permettent de vous partager deux réflexions:

- d´abord -et le livre le souligne avec force-, c´est qu´il ne faut pas tomber dans une confusion qui ferait de la pédophilie (pédo-criminalité) l’objet de ce livre. L´homosexualité dont il est abondamment question n´est pas la pédophilie.

- ensuite, l´auteur ne cesse pas, lors de chaque interview, de dire que les hautes sphères du Vatican sont dans la contradiction et l´hypocrisie la plus totales en ce qui concerne l´homosexualité. Selon lui, le discours de l´Eglise condamnant l´homosexualité ne sert qu´à cacher des pratiques répréhensibles au regard de la morale chrétienne et cependant pratiquées par un nombre significatif d’ecclésiastiques ! Dès lors, dira-t-il, que l´Eglise adapte son discours aux pratiques non avouées de ses prélats (c´est-à-dire de certains de ses prélats!).

Il ne sert évidemment à rien de nier des évidences. Il ne s´agit cependant pas de prendre pour argent comptant toutes les affirmations d´un livre où l´enquête et la thèse partisane se rencontrent au point de se confondre. La liberté d´expression a ses droits; la recherche de la vérité aussi. Il reste que ce qui apparaît comme une "opération-vérité" a le mérite de ne pas enfermer l´Eglise dans une politique de l´autruche qui n´a évidemment aucun avenir. Il en est de même pour tout ce qui concerne les "révélations" des prêtresabuseurs de religieuses fragilisées dans des communautés apparemment peu fidèles à leurs vocations et à leurs missions. Que de souffrances tous azimuts qui ont, comme point commun, une désastreuse gestion des questions liées à la sexualité et une façon de transformer l´autorité qui fait grandir en un pouvoir qui écrase.

Des souhaits ? Que soient prises des mesures qui touchent à la fois aux sanctions et à la prévention mais aussi à la formation à tous les niveaux de l´Eglise ....sans compromission ni politique du bouc-émissaire, sans impunité coupable ni lynchage facile ! Au cœur de la tourmente, je souhaiterais aussi la publication d´un livre ou/et la réalisation d´ une émission qui feraient écho à tout ce qui est source d´Espérance au cœur même de l´Eglise qui a le Christ comme gouvernail et l´Evangile comme boussole. Au-delà de telles initiatives, je crois qu’elles sont nombreuses aujourd´hui les communautés dont le rayonnement vient dire la crédibilité et la pertinence de la foi chrétienne. Avec enthousiasme, sans complexe ni arrogance ! C´est vrai qu´un arbre qui tombe fait toujours plus de bruit qu´une forêt qui pousse. Sans nier les dégâts inexcusables provoqués par l´actuelle tempête qui en fait chuter beaucoup trop; ne perdons pas de vue la force tranquille et (trop !) silencieuse de tout ce qui est signe de croissance et de beauté dans une fidélité joyeuse à l´Evangile reconnu comme une éternelle Bonne Nouvelle !

  • Abbé Philippe Mawet, Curé responsable de Stockel Au Bois