> Editorial

Editorial

BÂTIR LA PAIX … OSER LA PAIX

Heureusement que les beaux jours de ce printemps, qui a déjà connu ses heures de soleil et de chaleur, est là pour redire que la lumière est capable de dissiper les ténèbres et que la chaleur peut avoir des répercussions positives sur la santé morale et mentale de nos co-citoyens. Cela n´empêche pas de poser, avec une certaine inquiétude, la question de ce que nous réserve l´été avec ses canicules, ses inondations et ses sécheresses qui ne nous ont pas été épargnées ces dernières années. Que cette nécessaire lucidité ne nous empêche pas de goûter aux saveurs d´un printemps qui ne nous aura pas privé de ses bienfaits.

C´est dans ce contexte quelque peu euphorique (et insouciant) que l´actualité nous ramène à des préoccupations moins réjouissantes. Le Covid n´a pas totalement disparu mais il nous semble bon de l´avoir oublié. La guerre en Ukraine (et donc en Europe) s´est invitée dans tous nos médias mais surtout dans le cœur et la vie de ceux qui sont les victimes le plus souvent innocentes d´un conflit fratricide et insensé. Sans oublier ce qui habite le cœur de chacun mais aussi de nos familles et de nos communautés traversées par les joies et les peines, les souffrances et les espérances qui nous touchent au plus intime de ce que nous vivons.

Ne risque-t-on pas de nous installer dans une morosité ensoleillée avec la vision déformée d´un monde qui refuse la lucidité et qui pourrait alors tomber dans le piège du déni? Loin de moi l´idée de prôner un catastrophisme qui ne peut conduire qu´au défaitisme et à la désespérance. .Il nous appartient de refuser la fatalité pour oser la fraternité. Dans un monde où l´homme est un loup pour l´homme, la loi de la jungle peut trouver sa légitimité, voire sa justification. C´est la loi du plus fort avec le règne de la violence à tous les "étages" de la société.

La paix est un choix. Elle est une urgence tout autant qu´une nécessité si on ne veut pas encore ajouter du malheur au mal. La paix est souvent l´expression d´un compromis qui ne s´obtient généralement qu´au terme de négociations difficiles. La paix est alors le fruit des équilibres fragiles et périlleux qui font qu´elle n´est jamais définitivement acquise.

"Heureux les artisans de paix", dit Jésus dans l´Evangile des Béatitudes (Matthieu, 5). La paix des Béatitudes ne peut pas se contenter de l´absence de guerre. Elle est, plus fondamentalement, le choix de vivre la fraternité, source de sérénité. Quand on examine les causes des guerres et des conflits, on peut dire que ce sont souvent les relations "menacé - menaçant" qui sont des points de rupture. La confiance est rompue et le partenaire devient un ennemi.

"Heureux les artisans de paix" ° Ce bonheur ne s´atteint vraiment que dans l´audace de poser "sur l´autre" un regard, à-priori, de bienveillance. ° Il faut aussi le courage de la démesure d´aimer qui nous fait dire - comme Jean-Baptiste qui parlait de Jésus: "il faut que je diminue pour que Lui grandisse".. Sans humiliation ni masochisme mais avec l´humilité qui resitue tout dans la justesse de l´amour. ° Il faut encore la folie de ceux qui osent rêver l´inespéré. C´est la véritable sagesse qui ne nous enferme pas dans les frilosités de la peur mais qui nous garde en éveil pour ne jamais perdre notre capacité de nous émerveiller. Il n´y a pas d´avenir pour les grincheux. Et la guerre s´engouffre toujours dans les replis poreux de la morosité.

C´est dans ce contexte aussi que nos communautés chrétiennes se trouvent à la croisée des chemins. Aujourd´hui comme à toutes les étapes de son Histoire et de son quotidien qui correspondent à nos capacités de "lire les signes des temps" (Concile Vatican II), l´Eglise se doit d´être prophétique et porteuse d´Espérance jusqu´au cœur de toutes les situations humaines.

Il nous faut aujourd´hui devenir des "sourciers" qui, sur les terres arides et désertiques d´un monde ravagé par trop de violences, se donnent les instruments nécessaires pour nous dire où sont les sources capables de désaltérer les cœurs endurcis de l´humanité.

Il nous faut souvent aller jusqu´aux nappes phréatiques du cœur humain pour ne pas en rester aux eaux stagnantes de nos médiocrités. Nous atteindrons alors aux sources pures de l´amour débarrassé de toute jalousie, de toute arrogance, de toute suffisance et de tout esprit de revanche. Alors, la paix rythmera la vie des hommes et des femmes, mais aussi des nations et des peuples. La paix restera toujours un don de Dieu qui devient une tâche pour l´homme (: l´humain) mais pas sans l´homme !

  • Abbé Philippe Mawet, Curé responsable de Stockel Au Bois