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Editorial

NOËL POUR NOTRE TEMPS ... NOËL DE TOUS LES TEMPS !

"Il n'y avait pas de place pour eux à l'auberge", nous disent les Evangiles en parlant de l'arrivée de Marie et Joseph à Bethléem. Le temps d'enfanter était arrivé et les fatigues du voyage s'ajoutaient à l'effervescence de la ville. Un peu de repos aurait, bien sûr, été le bienvenu.

Ce qui frappe dans le récit de la Nativité de Jésus, ce sont tous les déplacements qui sont relatés: de Nazareth à Bethléem pour cause de recensement. De l'auberge à l'étable par manque de place. Et puis la "fuite en Egypte" pour échapper à la cruauté d'Hérode. Sans compter le retour à Nazareth qui se fit lorsque les ardeurs belliqueuses d'Hérode le permettaient. Certes, tous ces déplacements ont aussi un sens théologique. Le fait d'aller à Bethléem inscrit Jésus dans une filiation qui fait de lui "le fils de David" annoncé par tant de prophètes. La Crèche elle-même fait d'emblée de Jésus un pauvre parmi les pauvres. Et le passage par l'Egypte permet de redire combien la mission de Jésus s'intègre dans le chemin de Moïse qui a fait sortir son peuple de l'esclavage de l'Egypte de ce temps pour le conduire vers la Terre Promise. En sachant que tous ces de rapidité que nous connaissons aujourd'hui, on comprend mieux combien le premier Noël ne fut pas une Histoire de tout repos. On peut même dire que "déplacement" rime avec "bousculement" et donne à Noël une dimension tragique qui est loin de l'ambiance ouateuse et doucereuse de nos Noëls paganisés ou, à tout le moins, sécularisés. Loin de moi l'idée de diaboliser un Noël séculier car cette fête est sans doute l'une des seules fêtes universelles dans laquelle tous (ou "très beaucoup" !) peuvent se retrouver autour de valeurs familiales et conviviales bien nécessaires, dans nos sociétés très éclatées. Certes, la dimension commerciale est omniprésente avec une surenchère qui rend encore plus visible le fossé entre "ceux qui ont" et "ceux qui n'ont pas". Sans doute faut-il garder ce cap de l'ouverture pour que personne ne soit exclu de "la fête", la seule capable de fédérer autant de différences et de convictions. Mais certainement faut-il aussi redonner à cette fête de Noël ses lettres d'Evangile sans lesquelles Noël ne serait pas vraiment Noël. On perçoit bien, en effet, que si cette fête reçoit une telle adhésion, c'est qu'elle touche au Mystère. Mystère de la vie et de la naissance, de la famille et de la fraternité retrouvée mais aussi mystère de Dieu et de la dimension religieuse de l'homme, enfouie et refoulée parfois, mais plus présente qu'on ne l'imagine, même si c'est sous des formes archaïques d'où le mythe (humain et divin) n'est pas absent. D'où l'importance de revenir aux fondements de cette fête de Noël. On connaît aujourd'hui le désir d'une minorité d'enlever à Noël son caractère chrétien (!) au nom du respect de tous qui, ici, ne semble pas rejoindre le respect de la liberté d'expression! A force de vouloir supprimer "les vacances de Noël" de notre vocabulaire et à force d'enlever les Crèches des marchés de Noël devenus "des plaisirs d'hiver", on risque de refuser l'Enfant-Jésus pour ne garder que les vieux "pères Noël". Gardons à Noël cette dimension d'une fête universelle d'où personne n'est exclu. C'est plus qu'important... mais il ne faudrait pas qu'au nom de cette « ouverture », la Communauté chrétienne ne puisse plus exprimer et célébrer - aussi publiquement et sans arrogance- ce qui fait le cœur et l'essence même de cette fête depuis son origine et dans ses fondements historiques et théologiques. Car Noël, c'est d'abord l'irruption de Dieu en notre humanité. C'est, selon le Prologue de l'Evangile selon Saint Jean, "Dieu fait Homme " (le Verbe fait chair). Aucune autre religion ne reconnaît une telle proximité de Dieu avec notre condition humaine. C'est vrai que cette naissance de Jésus est venue bousculer notre façon de "voir Dieu" et de parler de Dieu. Désormais, le ciel a rendez-vous avec la terre et la puissance de Dieu se dit à travers la fragilité de Jésus-Enfant. Et tout cela, au nom de l'Amour, et seulement de l'Amour. Avec la naissance de Jésus, c'est notre destinée humaine qui se trouve éclairée. Concrètement - et parce qu'il n'y a pas de Noël sans Pâques-, cela veut dire que l'horizon de notre vie terrestre n'est pas la mort et son néant ; mais la mort physique (incontournable) comprise comme le passage ouvert vers la Résurrection qui est Vie éternelle. Y-a-t-il nouvelle plus inouïe dans l'Histoire de l'humanité que cette proximité de Dieu qui vient révéler à l'homme sa dignité et sa destinée? Que la douceur de Noël vienne aider chacun à faire son chemin dans la lumière de l'Amour révélé par Jésus dès la Crèche. Que les mages et les bergers du premier Noël nous indiquent les routes qui conduisent à la rencontre et qui invitent chacun à repartir "par un autre chemin". Que la solidarité s'exprime au cœur même des solitudes et des détresses de ce temps. Que la vraie joie de Noël soit pour chacune et chacun de vous.

  • Abbé Philippe Mawet, Curé, Responsable de Stockel au Bois