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Editorial

L´EVANGILE ... NON PAS UN PROGRAMME POLITIQUE MAIS UNE "FORCE" D´INSPIRATION

Nous sommes en période électorale et ce n´est évidemment pas le but d´un journal paroissial de faire campagne ou de dénigrer l´un ou l´autre programme ou candidat présents sur les listes. A quelques semaines (jours!) du scrutin du dimanche 26 mai prochain, je voudrais plutôt vous présenter le "programme" - mais surtout la vie - des premières communautés chrétiennes. Il en est question dans le livre biblique des "Actes des Apôtres" dans le Nouveau Testament (voir aussi au sujet des élections le document publié par les évêques de Belgique en pages 3 et 4 de ce numéro 470 de "La vie à Sainte Alix").

Il y a, là un style de vie qui peut rejoindre, non pas un parti, mais des intuitions capables de bâtir une société juste et fraternelle. C´est, en quelque sorte, une "charte du bonheur communautaire" dont aucun parti (politique) ne peut avoir le monopole mais qui peut guider les réflexions et les choix de beaucoup.

C´est vrai que cet idéal de vie commune s´enracine dans une démarche de foi qui en est la base et le cap. Je crois cependant que cette vision de la communauté fraternelle peut nous inspirer tant au niveau des questions posées à l´Eglise de ce temps qu´au niveau des défis posés à notre société en quête de balises pour devenir les artisans d´un monde plus juste et plus respectueux de chacun.

Quand on retourne aux sources de ce que vivent les premiers chrétiens, on peut pointer quelques repères qui n´ont rien perdu de leur actualité:

+ On parle d´abord d´une communauté. Ce n´est pas la même chose de parler d´une collectivité: le rapport à la personne est premier car la personne - et surtout la personne la plus fragile - est au cœur des priorités et des choix de la vie communautaire.

+ Il y a aussi tout ce qui concerne la "mise en commun des biens" qui s´articule sur trois piliers: - personne n´était dans le besoin, - la répartition des biens et des ressources se fait dans un discernement des besoins de chacun ("A chacun selon ses besoins", dit le texte biblique

) - l´équipe des Apôtres et de leurs collaborateurs veille à ce discernement pour que personne ne soit lésé et pour que personne ne "profite" du système !

Ceci est évidemment un idéal qui ne fut pas toujours pratiqué par ces premières communautés s´inspirant de l´Evangile. Il reste que les échecs -et surtout l´humble reconnaissance de ces échecs- peut devenir le tremplin vers du meilleur. Aujourd´hui encore, les communautés religieuses et monastiques pratiquent cette mise en commun. Prophétiquement et concrètement.

Nous avons besoin de ces sentinelles qui, au cœur de l´Eglise, permettent que chaque chrétien(ne) puisse faire, dans sa vie, l´expérience, ne fut-ce que partielle mais bien réelle- de la mise en commun. Il y va de l´identité chrétienne et de la pertinence de l´Evangile. De plus, c´est le seul chemin capable de faire reculer la misère et l´injustice... et même paradoxalement, d´augmenter la richesse commune dont tous peuvent alors bénéficier.

+ Il y a, bien sûr et de façon inséparable, les autres axes constitutifs de la vie communautaire et chrétienne:

- C´est la prière ("Ils étaient assidus à la prière") qui est la respiration de la vie communautaire et fraternelle. C´est donner à Dieu toute sa "première" place pour que le cœur de chaque chrétien(ne) et de la communauté batte au rythme du cœur de chacun. Prier, c´est être en relation et, même plus, en communion avec Dieu et les uns avec les autres pour tisser des liens au-delà même du visible et du rentable jusqu´au cœur même de notre quotidien le plus incarné.

- C´est aussi "la fidélité à l´enseignement des Apôtres"... eux-mêmes fidèles à la Parole du Christ reconnue comme Parole de Dieu inspirée et inspirante. Faire Eglise, en effet, c´est entrer dans une connaissance (de l´intelligence et du cœur) de plus en plus approfondie de l´Evangile et de la personne du Christ. En ce sens, on peut dire que les Apôtres eux-mêmes ne sont pas porteurs et témoins de leur propre parole mais de la Parole de Dieu reçue dans le discernement de la foi et de la prière.

La vie chrétienne suppose donc un style de vie où la mise en commun des biens (c´est-à-dire le partage jusqu´au maximum du partage) comme la prière et l´enseignement des Apôtres constituent le triptyque et l´ossature de la vie commune. En ce sens, la vie chrétienne ne peut pas s´enfermer dans un seul programme politique car elle débordera toujours des stratégies dans lesquelles nous voudrions l´enfermer. Mais il reste que l´Evangile est une force d´inspiration ouverte à tous ceux qui ne veulent pas d´une politique de repli où les plus forts sont les vainqueurs mais d´une politique basée sur la solidarité avec tous, à commencer par celles et ceux que la vie a fragilisé ou précarisé.

Il y a donc des choix à faire !

  • Abbé Philippe Mawet, Curé responsable de Stockel Au Bois