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Editorial

ET APRÈS ? CONFIANCE ET LUCIDITÉ

Aujourd´hui, il est beaucoup question de "l´après-Covid" et de ce qu´on appelle "le retour à la vie normale". On peut évidemment s´interroger sur ce qui est "normal". Le mieux, me semble-t-il, est de rejoindre les aspirations et les attentes de beaucoup de nos contemporains plutôt que de mettre au point un calendrier validé par les autorités et sans cesse remis en question par l´évolution actuelle de la pandémie. Même s´il faut des perspectives ! Comment poser les jalons de cette importante réflexion ?

1) Je crois qu´il faut d´abord partir du caractère inattendu de cette crise. Depuis des décennies, nous avons vécu -surtout en Occident - dans un contexte qui mettait notre maîtrise des événements et notre apparente invulnérabilité au sommet du hit-parade des valeurs dites contemporaines. Et voici qu´un virus, sauvage et ravageur, est venu tout perturber. L´inattendu ajoute encore au désarroi de la situation.

2) C´est vrai que les restrictions imposées portent atteinte à la liberté revendiquée comme un droit inaliénable et cependant aujourd´hui malmené. C´est vrai ! Et le non-encadrement institutionnel des mesures imposées peut évidemment porter aussi atteinte au système démocratique qui est aujourd´hui le meilleur garant de ces libertés. Il reste que, même hors-covid, il n´y a pas de liberté(s) sans limites. La maturité d´une société se révèle dans sa façon de déterminer, de reconnaître et d´assumer ces limites qui deviennent alors les berges entre lesquelles le "fleuve-liberté" peut couler sans déborder dans des espaces devenus des eaux stagnantes. Ces berges peuvent évoluer, l´essentiel étant de permettre au fleuve de se frayer un chemin vers son cap. Ou, pour le dire autrement, les berges n´existent que pour que le fleuve existe. Une réflexion éthique -et non seulement institutionnelle, serait aujourd´hui une approche féconde pour bâtir demain sur des terres de vraie liberté.

3) Le monde d´après ? Pour beaucoup, il s´agit de revenir "au monde d´avant" que certains appellent "le retour à la normale". Où est la norme ? Serait-ce le passé qui deviendrait normatif ? Serait-ce le présent qui serait synonyme d´abomination ? Je crois que, pour une part, le "monde d´après" sera ce que nous ferons du monde présent. Le futur ne peut pas être une fuite en avant (ou en arrière !). Il ne peut se bâtir que sur le terreau de ce qui existe...et, bien sûr, de ce qui a existé. C´est la seule façon d´être créatif sans tomber dans l´illusion d´un monde nouveau à construire à partir de rien, sauf de nos imaginations vagabondes sans enracinement dans le réel.

4) Quand on parle du "monde d´après", je crois qu´il faut entendre la quête de bonheur qui s´exprime à travers cette aspiration. Pour beaucoup, la situation actuelle se vit surtout en termes de privations et de frustrations. Je nous invite aujourd´hui à passer par une étape de confiance et de lucidité. Au cœur de cette situation sanitaire qui est à l´origine de beaucoup de drames humains, personnels et familiaux, économiques et psychologiques, il nous faut aussi prendre la mesure de ce que ce temps de pandémie nous révèle.

a) La limitation de nos contacts et relations nous fait mieux comprendre combien nous sommes des êtres de relations, "hommes et femmes de communion". Au-delà du manque, il y a l´appel à ne plus jamais négliger cette part de notre être profond.

b) Il est beaucoup question de ce qui est "essentiel" et "non-essentiel". Ce ne furent sans doute pas les termes les plus adéquats pour distinguer les secteurs de (première) nécessité mais ces choix - souvent arbitraires - de ce qui est essentiel ou non - nous invitent à nous situer devant ce qui fait vraiment l´essentiel d´une vie équilibrée et le plus harmonieuse possible, humainement et spirituellement. Nos choix nous révèlent et, pour beaucoup, la saveur d´un BBQ à venir aura sans doute plus le goût des rencontres désormais possibles que celui des sauces qui seront sur la table ! Il en est ainsi pour beaucoup de facettes de notre vie.

c) La lutte contre ce virus est traversée par beaucoup d´incohérences qui sont souvent le résultat des intérêts à préserver et des équilibres, toujours instables, des choix politiques.

A titre d´exemple, qui pourra justifier, sanitairement parlant, que limiter à 15 personnes la participation des fidèles aux offices d´une basilique est plus cohérent que de tenir compte de la surface et du volume de l´édifice ? Il y a, évidemment, beaucoup d´autres exemples à citer. Comment passer de l´arbitraire à la cohérence?

Beaucoup d´autres questions sont au menu de ce que sera "l´après-crise".. Je crois qu´il est illusoire, voire malsain, de "faire comme si" rien ne se passe ou ne s´était passé et que le retour "à la normale" ne serait que la reprise de ce qui avait existé avant la crise vécue seulement comme une parenthèse.

Il nous faut faire confiance à la créativité pour envisager un style de vie qui tienne compte des changements et des attentes exprimés mais il nous faudra aussi garder la lucidité de ceux qui savent que ce nouveau style de vie devra tenir compte du ou des virus. Comme pour d´autres virus qui ont précédé, la vaccination restera, le plus souvent, la seule issue possible. C´est un monde qui change pour une vision de l´homme (de l´humain) plus humble et ceci n´est pas nécessairement une mauvaise nouvelle.

Pour les chrétiens aussi (il nous faudra y revenir), l´avenir ne sera possible que là où les communautés auront pris la mesure du bouleversement. La fidélité à l´évangile exigera beaucoup de discernement pour donner à l´essentiel sa pertinence et sa crédibilité.

Finalement, et sur ce chemin qui conduit à la Pentecôte, il nous faut aujourd´hui, avec une attention plus grande que jamais, nous mettre à l´écoute de ce que l´Esprit dit à l´Eglise et aux communautés chrétiennes.

Ce sera une véritable "apocalypse" au sens vrai de ce mot, c´est-à-dire un dévoilement de notre façon de vivre en toujours plus grande fidélité à l´évangile

  • Abbé Philippe Mawet, Curé responsable de Stockel Au Bois